J’ai longuement hésité avant de publier cet article. Le retour en France après 8 ans de vie à l’étranger, c’est un sujet sensible. Je me souviens de cette psy spécialisée dans l’expatriation rencontrée autour d’un apéro voyageurs à Jakarta. Elle m’avait parlé de stades : 2 ans tu rentres, passé 3 ans tu es un peu traumatisé, 7 ans t’es foutu.
Ça fait 2 ans qu’on se posait la question du retour en France. Depuis la naissance de Petit Chou, en fait. Parce que c’est la suite logique. Bébé-maison-papi mamie à côté-Scenic et poisson rouge. Et parce qu’on n’avait jamais vécu en France ensemble, finalement -on est parti sur les routes juste après notre rencontre. Parce qu’on voulait savoir, on voulait être sûr. Parce qu’on aime le fromage. Parce que c’est comme ça. Bah t’as qu’à rentrer.
Le retour en France après des années sur la route
Après des années à tergiverser, l’opportunité s’est présentée : rentrer s’installer en France tout en continuant de voyager. On l’a saisie sans tarder, et après 3 semaines en France je savais une chose : en fait, non. Non, ce n’est pas ce que je veux. Pas maintenant. Pas parce que je n’aime pas mon pays, loin de là. Je pourrais être italienne et dire la même chose de l’Italie, ou bien balinaise ou canadienne. Je ne pars pas pour quitter la France, mais pour découvrir un autre monde. Pour ces rencontres, cette mixité, cette excitation chaque matin à l’idée de découvrir de nouveaux chemins. Ce stress, cette peur, cette adrénaline face à l’inconnu. Cette ouverture d’esprit parce que tu n’as pas le choix, tu te heurtes à un monde totalement différent. Ces hauts et ces bas, toujours intenses. Cette instabilité qui a pu nous rendre fou (non, on ne sait pas si on sera présent à ton mariage dans 18 mois, on ne sera pas où on vivra d’ici là, ni si la tribu ne se sera pas agrandie d’ici là*).
Le fait de ne pas savoir, c’est aussi savoir que tout est possible.
Et puis ce fichu Covid. Une année à ne plus rien savoir. À attendre -en France, donc. En apnée. Choisir un endroit fabuleux pour laisser passer la tempête. Remplir la maison de bonheur avec Pimprenelle et Sébastien qui chantent une souris verte en courant tout nus sur la plage. Et attendre encore.
Cette année nous aura offert une chance -celle de se poser. De découvrir la France et ses bonheurs. De manger du pain, beaucoup. De profiter pleinement de nos familles (quand notre périmètre de liberté et nos attestations nous le permettaient). De découvrir une région qui nous a toujours fait rêver, et qui, malgré les litres de pluie, ne nous a pas déçu. Et de savoir.
C’est beau, c’est bon, mais merde, quand est-ce qu’on repart à l’aventure ? Celle qui fait des guilis dans le ventre. Celle qui t’empêche de dormir tellement ton cerveau mouline, imagine si… et si et si… (j’fais des détours dans l’quartier… -patriiick).
Le retour en France, c’était cool, c’était excitant. C’était compliqué, aussi. Plus compliqué de se ré-installer en France que de s’installer en Nouvelle-Zélande, à Jakarta, à Hong Kong ou encore à Saigon. Le français de retour n’est pas le bienvenu dans l’administration. Il ne rentre pas dans les cases. Il ne trouvera pas de logement et n’ouvrira pas de compte en banque. Il passera le plus clair de son temps à remplir de la paperasse. Il comprendra alors les gens dans ces reportages qui donnent l’impression que « tout quitter pour partir à l’étranger » est un truc de fou. On n’a jamais vraiment tout quitté, puisque nous n’avions pas construit notre vie de famille en France. Quel merdier. Rassurez-vous, vous qui souhaitez voyager, peu importe où vous partez dans le monde, si vous avez fait face à l’administration française toute votre vie, vous êtes prêts pour le reste des pays du monde.
[Attention, je ne critique pas la France, je constate des faits. Ouuuh, terrain dangereux. On en parle de l’agressivité de certains face à ta lâcheté d’avoir quitté ton pays (ton ambition? ton désir d’aventure? ton courage? ton droit? ta… liberté?) ? Ton besoin de te justifier constamment pour tes choix? Le plaisir malsain de voir ton rêve coupé par le contexte sanitaire « alooors fini les belles plages et les rooftops hein ! tu vas voir la vraie vie, tu vas moins rigoler! ». Ah. Merci, toi aussi tu m’as manqué. Bon, ben on va y aller hein, on a de la route, un couvre-feu... Allez, bisou.]
Bref. Ce n’est pas simple de rentrer en France. Tu prends des claques de bonheur, et des claques tout court.
Ce qui est génial, c’est qu’au final, tu fais le tri et tu ne gardes que le meilleur. Les pique-niques au soleil couchant, tous les copains qui défilent pour enfin passer du temps ensemble, les petits des copains qui deviennent complices avec tes monstres, les moments en famille sans avoir à compter les jours qui restent avant de reprendre l’avion, les tartines de fromage au lait cru, la subtilité de ta langue natale, les road trips sans avoir à peser tes bagages à chaque week-end, les saisons qui défilent...
Bien sûr, on n’a pas pu profiter des proches comme on l’aurait souhaité -on n’avait pas toujours le droit, contexte sanitaire oblige. On n’a pas exploré le pays comme on l’aurait souhaité -pas toujours le droit. Mais on n’est pas fou. On s’est installé dans une campagne sublime avec un périmètre de 10km merveilleux, et des voisins incroyables. On a fait de belles rencontres. Putain, c’était bon.
Et aujourd’hui, nous sommes prêts à reprendre la route. Les cartons sont faits. Les valises aussi. Nous avons dit au revoir aux Bambis qui vivent dans le jardin, revendu notre vélo familial et empaqueté la stand up paddle.
Nous partons bientôt.
Pour une nouvelle aventure.
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