Si vous pensiez trouver dans cet article la réponse à vos angoisses -à savoir un vol long courrier avec vos marmots- vous risquez fort d’être déçu. Pas de recette secrète pour que les kids fassent gentiment des puzzles pendant que vous enchainez les saisons de F.R.I.E.N.D.S. Pas de solution magique non plus pour éviter le regard lourd de reproches de votre voisin, qui ramasse Doudou pour la douzième fois dans l’heure. Ni pour vous éviter le look d’épouvantail dépressif au parfum vomi après quinze heures de vol.
Je vous pose la question: COMMENT survivre à un vol long courrier avec des enfants en bas âge? La veille de notre déménagement depuis le Vietnam vers la France, une amie m’a dit “Dis-toi que c’est juste 15 heures douloureuses à passer”. Juste 15 heures. C’est une façon de voir les choses. Elle n’a pas tort, une fois que c’est terminé on est fier de pouvoir dire qu’on l’a fait, on a survécu, et ce sans abandonner de bambin dans les toilettes de l’avion ni dans le compartiment bagage -malgré la (forte) tentation.
Notre premier vol long courrier avec non pas un… mais deux enfants !
Après avoir obtenu le passeport de Zoé, nous quittons le Vietnam, en soif de fromage et de vin chaud. Elle a alors 6 semaines, et son frère Noah 2 ans.
Une fois nos bagages bouclés, nous sautons dans deux gros taxis direction l’aéroport de Saigon pour une épopée formidable. On prend une photo avant l’enregistrement, amusés par l’accoutrement de notre tribu. Heureusement, personne ne nous a photographié à l’arrivée. Je me souviens de la tête de ma belle-mère quand elle m’a vu, ça m’a suffit.
Huit grosses valises, un sac de ski, un sac de kite-surf, trois bagages cabines et une poussette. Tout ce que l’on possède, en soit. Et nos deux enfants, la tête enfarinée, à 5 du mat’. L’avantage dans ces conditions, c’est qu’on ne fait jamais la queue, Ni à l’enregistrement, ni à la douane, ni à l’embarquement. Voilà. C’est le seul.
Je me souviens, quand j’ai commencé à voyager. Les aéroports étaient pour moi synonymes d’inconnu, d’aventure, de folie. Ça l’est toujours. On est constamment dans l’inconnu: on ne sait pas si cette odeur signifie que le dernier body propre de bébé vient d’être touché (coulé) ou pas. L’esprit d’aventure aussi est toujours là. Courir après Noah qui fouille dans le sac de madame, à côté. Se demander ce qu’il y a trouvé d’intéressant. Changer Zoé sur un table à langer de fortune de douze centimètres de large. Laisser son frère manger un biscuit aux pépites de chocolat sans bavoir. Pour ce qui est de la folie, ça vient après les douze heures de vol, les trois heures d’attente puis l’heure de vol supplémentaire. Quand les nerfs lâchent.
Vous connaissez, cette sensation de soulagement, après le stress de l’enregistrement et des multiples contrôles, lorsque vous posez enfin vos fesses dans l’avion? Vous pouvez vous détendre, et boire votre petit verre de vin blanc pour démarrer votre marathon de films. Votre grande question : par lequel commencer? Dorénavant l’arrivée sur nos sièges commence par un contrôle technique d’une bonne vingtaine de minutes : Noah vérifie le bon fonctionnement de tous les boutons. Généreux, il teste aussi les sièges de ses voisins. Cet enfant étant poli et très sociable, il tient souvent à saluer le reste des passagers de façon plus ou moins bruyante. Sa sœur aime beaucoup se joindre à lui pour cet exercice.
S’ensuit un moment magique, où les minutes s’allongent et le temps ralentit. Les passagers embarquent lentement, tandis que Noah tente de se faufiler entre leurs jambes. Le retenir de bouger pendant ces minutes interminables qui précèdent le décollage peut tenir d’un véritable challenge. Prenez un crocodile affamé. Imaginez-vous tenter de le mater au sol alors qu’il a vu un zèbre. On y est.
Si vous avez de la chance, le décollage endort les monstres pour quelques heures. Bien entendu, quand ils se réveilleront, vous réaliserez qu’il ne reste “plus que” neuf heures de vol. You-hou. Le truc génial, quand ils sont deux, c’est que tu es sûr de ne jamais faire de pause. Tu finis de changer une couche, il faut préparer un bib’. Réjouissez-vous! Vous ne vous ennuierez plus JAMAIS dans un avion. Et vous arriverez toujours à destination avec de belles anecdotes à raconter. Comme cette fois où Noah a vomi sur le bel uniforme de la jolie hôtesse Air France tirée à quatre épingles. “Ça fait partie du métier” -elle m’a dit. Et avec le sourire. Elle en avait dans les cheveux… Là, tu es content de pouvoir retourner à ta place. Te cacher. Dans le noir.
Prendre l'avion avec des enfants en bas âge… alors comment survivre ?
N’insistez pas, je n’ai pas de remède miracle. Il faudra prendre votre mal en patience. Chose que vous pourrez dire aux 200 personnes qui vous maudiront pendant ces longues heures -en réalité, généralement, les gens ont de la compassion (ou de la pitié?) et évitent d’en rajouter. Des conseils, peut-être? Allaiter à la demande pour les tout-petits. Ne pas trop les couvrir pour éviter qu’ils transpirent et se déshydratent -et, accessoirement, éviter qu’ils s’excitent. Prendre des autocollants, de la pâte à modeler et des coloriages pour le grand. Laissez ses tut tut bolides et autres jouets musicaux au fond de la valise pour le bien-être de tous. Sucreries, chocolats, gâteaux apéro, prenez de quoi combler les papilles des bambins et oubliez tous vos principes d’éducation le temps du vol. Ils mangeront des légumes demain. Ne pensez même pas les faire dormir “quand il faut” pour qu’ils se préparent au décalage horaire. Quand ils dorment, vous dormez.
Oh, et le plus important de tous. Investissez dans un bon casque réducteur de bruit. Tous les passagers vous haïront, votre bébé hurlera, mais au moins, vous ne serez pas dérangé dans votre film.
La question que je me pose : à quand les baby sitters à bord ? Il y a un business à faire, les parents épuisés / désespérés / désemparés seraient prêts à payer cher pour quelques heures (secondes?) de répit. Sur une note plus sérieuse, n’hésitez pas à vous faire aider. Je me souviens de ce jeune hongkongais sur un HKG-CDG à qui j’ai demandé de garder un œil sur Noah qui dormait dans sa nacelle, le temps que j’aille aux toilettes. Quand je suis revenue, il était en stress total, avec la goutte qui perlait sur le front, devant le petit chou qui commençait à gigoter. J’ai compris après qu’il n’avais jamais porté un petit de sa vie.
Sur ces belles paroles, sit back, relax, and enjoy your flight !

